Qui est Fulcanelli ?



Henri Loevenbruck
Le Mystère Fulcanelli
Flammarion, septembre 2013


Pour en savoir plus :

http://www.mystere-fulcanelli.com/

 

« De nombreux témoins décrivent Champagne comme un bon vivant, un farceur (et potentiel auteur de canulars...), fantasque et parfois irrespectueux, mais aussi un alcoolique. » note le brigadier-chef Radenac dans son carnet. Et d’ajouter : « …/… Il y a quelque chose de très touchant chez Canseliet comme chez Champagne, les deux principaux acteurs de l'affaire Fulcanelli, quelque chose de proustien dans cette aspiration à la grandeur chez ces deux hommes issus de milieux modestes mais fascinés par la noblesse, assoiffés de connaissance, comme si cette connaissance avait pu leur ouvrir les portes de la haute société... Le style pompeux, archaïquement précieux de Canseliet — dans ses écrits comme dans ses allocutions télévisées — a quelque chose d'adorablement maladroit, tout comme le culte qu'il voua à un personnage peut-être fictif, parce qu'à travers cette langue et à travers ce maître imaginaire, il avait peut-être l'impression de s'élever un peu... Au final, il resta malgré tout un simple petit auteur d'ouvrages ésotériques qui, toute sa vie, chercha à transformer, en vain, du plomb en or et mourut, comme Champagne, dans la misère. »

Le ton est donné, sans concession. L’auteur de ces lignes aime cependant trop Brassens pour être vraiment un mauvais bougre. Il s’agit d’un roman : le dernier thriller du très talentueux auteur Henri Loevenbruck : « Le Mystère Fulcanelli ».

Un meurtre à Séville, un autre à Paris dans une fabuleuse bibliothèque hermétique, l’enquête commence. Le troisième livre de Fulcanelli, Finis Gloriae Mundi, est au cœur de l’intrigue : pour retrouver le manuscrit, tous les coups sont permis et les meurtres se succèdent, dont les victimes appartiennent à la secte mystérieuse des Frères Chevaliers d’Héliopolis.

Nous ne vous en dirons pas plus sur l’intrigue, incontestablement bien ficelée. Vous aimerez ce thriller, surtout si vous baignez dans l’univers étrange des « fulcanellisables »… Qui est Fulcanelli ?

Henri Loevenbruck, sous la forme d’une enquête policière palpitante, passe en revue les différentes hypothèses : un personnage inventé par Champagne et Canseliet ? Une sommité scientifique travaillant dans l’ombre ? Au fil des pages, les noms évoqués perdent toute crédibilité. A l’évidence, l’auteur est très bien renseigné, et le livre se fonde sur un examen approfondi des thèses en vogue. A ce titre, il vaut nombre d’essais et d’exposés sensés révéler l’identité du maître, jamais la même.

De manière sympathique, Henri Loevenbruck nous écrit : « je vous ai adressé quelques clins d'oeil dans mon roman ». De fait, la bibliothèque parisienne décrite ressemble furieusement à celle de notre ami Alejandro. L’auteur du roman a-t-il vu ces lieux ? Citons la phrase, clé du récit, « Visita Interiora Terrae », que le personnage principal, Ari Mackenzie, découvre au terme de sa quête. Une clé traditionnelle, alchimique et maçonnique, qui dans le contexte du livre désigne une tombe. Troublant : c’est parfaitement exact, et le visuel qui en donne l’emplacement existe bel et bien : vous le trouverez partiellement reproduit sur la page d’accueil de notre site fulcanelli.info. Ce visuel était destiné à illustrer le Finis Gloriae Mundi. Décidément, Henri Loevenbruck est fort bien renseigné.

Au final, un nom, nouveau dans la longue liste des prétendants : Léon Fould. Canseliet évoquait (Alchimiques Mémoires, in La Tourbe des Philosophes, N°11, 1980.) « Fulcanelli, jeune ingénieur qui avait participé à la défense de Paris sous les ordres de Monsieur Viollet-le-Duc » et disait de lui (in Le Feu du Soleil, Robert Amadou, Pauvert, 1978) «Il n’avait pas de gros moyens, mais je ne l’ai jamais vu travailler pour vivre. C’était un homme modeste ». L’avenir dira si ce profil répond bien à Fould. Il est vrai que le maître de Savignies, qui n’hésita pas à dire ignorer le patronyme de Fulcanelli – excluant ainsi les frères de Lesseps de la liste des fulcanellisables –  s’évertue parfois à brouiller les pistes.

Auteur talentueux, musicien et compositeur, Henri Loevenbruck signe là un ouvrage qui fera un grand branle-bas dans le Landerneau des alchimistes.

Christophe de Cène


Détail d'une gravure - bien réelle celle-là - qui devait illustrer le Finis Gloriae Mundi jamais paru.
Bibliothèque d'Alejandro Cabalo.

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