Alchimie et Fusion Froide :
L'Azoth de Basile Valentin

(Imprimé au début du XVIIe siècle,
Basile Valentin étant supposé un moine bénédictin du XVe).

Après le langage de la science, celui de la magie...

Changement de registre après "Le rôle du Lithium dans le processus de transmutation alchimique" : les figures extraites de l'Azoth du moine Basile Valentin classent les éléments par ordre de numéro atomique et suggèrent les transmutations que décrit le premier article. Ou bien les alchimistes savaient vraiment faire de l'or, ou ils firent preuve d'une intuition qu'on ne s'explique guère en décrivant des opérations a priori possibles (dans le cadre de la fusion froide). Les alchimistes disaient changer le mercure, liquide à température ambiante, en or, métal à l'aspect complètement différent, solide jusqu'à plus de 1000°C. Ils ignoraient qu'un seul nucléon dans le noyau atomique différencie les deux métaux : quelle coïncidence !


 


 

Planète dans l’ordre de Ptolémée

Jour de la semaine dans les langues latines

Métaux dans la tradition alchimique

Numéro atomique du métal (XXe siècle)

Lune

Lundi

Argent

47

Mercure

Mercredi

Mercure

80

Vénus

Vendredi

Cuivre

29

Soleil

Dimanche

Or

79

Mars

Mardi

Fer

26

Jupiter

Jeudi

Etain

50

Saturne

Samedi

Plomb

82

Autour du cercle, les planètes sont dans l’ordre de Ptolémée, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre : de la Lune (la plus rapide) à Saturne (la plus lente). Les jours de la semaine tirent leurs noms des planètes.

1 - Soleil, Dimanche (Le jour du seigneur, Sunday en anglais)
2 - Lune, Lundi
3 - Mars, Mardi
4 - Mercure, Mercredi
5 - Jupiter, Jeudi
6 - Vénus, Vendredi
7 - Saturne, Samedi



Les métaux associés aux planètes sont classés selon leur numéro atomique. Là encore suivre la seconde étoile…

1 - Mars, Fer, 26                          
2 - Vénus, Cuivre, 29                  
3 - Lune, Argent, 47                    
4 - Jupiter, Etain, 50
5 - Soleil, Or, 79                  
6 - Mercure, Mercure, 80         
7 - Saturne, Plomb, 82   

Transmutations : échange des protons dans les noyaux atomiques

Note : le globe surmonté d'une croix est pour les alchimistes le symbole de l'antimoine (Sb 51). L'un des traités les plus célèbres de Basile Valentin a pour titre "Le Char Triomphal de l'Antimoine".


 

Génération des métaux selon la tradition alchimique
 
Cette figure classique est souvent reprise dans les traités anciens d'alchimie, avec diverses variantes. Le principe est toujours le même : une étoile à six branches, le Mercure (planète, métal et principe) au centre.

Autour du cercle sont placés les couples planétaires :

- Soleil et Lune (Or et Argent)
- Jupiter et Saturne (Etain et Plomb)
- Vénus et Mars (Cuivre et Fer)
Ici, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (cela peut varier). 

Ce schéma permet de remonter aux numéros atomiques de chaque métal...

L'étoile à six branche est le symbole de la pierre philosophale (Soleil et Lune, or+argent). On utilise ici la suite des nombres magiques nucléaires : 50 - 82 - 126 qu'on attribue au couple Jupiter-Saturne (Etain et Plomb), ainsi qu'à un élément inconnu mais supposé de numéro atomique 126. Les flèches rouges indiquent une fusion avec un élément non identifié à ce niveau. Les flèches vertes une fission du noyau.

On trouve très facilement (solution unique) les autres numéros atomiques. L'élément de fusion est le Lithium, de numéro atomique 3.

 

Explications :

Les textes alchimiques, qui utilisent le langage de la mythologie grecque et romaine, nous le rappellent : la pierre philosophale résulte de l'union du Soleil (l'or philosophique) et de la Lune (l'argent philosophiques, or et argent qui ne sont pas les métaux courants). Le Soleil aussi génère une famille : dans la mythologie, Vénus (cuivre), fille de Jupiter (étain), est amante et soeur de Mars (fer). Chez les grecs, c'est le Soleil qui surprend les deux amants Aphrodite (Vénus) et Arès (Mars) [Homère].

 


Prenons pour base le schéma alchimique sans les numéros atomiques : on observe que les deux planètes les plus lentes du système de Ptolémée, Jupiter et Saturne, sont associées respectivement à l'étain et au plomb. Nous avons là des éléments particulièrement stables. Le Plomb 208 est le dernier élément stable, avec 82 protons et 126 neutrons (1). L'étain, de numéro atomique 50, a pour sa part une grande stabilité, comme le montre le nombre de ses isotopes, le plus élevé [10 isotopes stables].

50 - 82 - 126... C'est une suite bien connue des physiciens. Elle a pour nom "les nombres magiques nucléaires", liés à la stabilité des atomes. Si le nombre de protons ou de neutrons est magique, l'atome a toutes les chances d'être stable. Ainsi, le plomb 208 est doublement magique (82 protons et 126 neutrons). L'étain compte 50 protons. On cherche à recréer en laboratoire l'élément de numéro atomique 126, très instable mais qui a pu être présent au coeur des étoiles, le temps d'une réaction, quand les métaux sont nés. Adoptant une démarche scientifique, le chercheur indépendant Albert Cau en fait l'élément clé de la pierre philosophale, tandis que l'ésotériste Léo-Georges Barry associe 126 au nom kabbalistique de Yahvé Elohim dans une étude sur les nombres magiques nucléaires (2).  

Prenons donc les nombres magiques pour base, en attribuant 126 à la pierre symbolisée par l'étoile à six branches sur le schéma, et naturellement 50 à l'étain et 82 au plomb (ce sont leurs numéros atomiques).

On observe que la Pierre (126) se scinde (flèche verte) en deux éléments de numéros atomiques A et B.
Les flèches rouges indiquent une fusion avec un élément de numéro atomique X. On a donc :
A+B = 126
A+x=50
B+x=82
Un système d'équations qui se résout très simplement en :
A = 47 (c'est le numéro atomique de l'argent).
B = 79 (c'est le numéro atomique de l'or).
x = 3 (il s'agit du lithium).

Enfin, si l'or se scinde en deux (flèche verte), on obtient 79-50 soit 29, numéro atomique du cuivre. Et l'élément générant le cuivre par fusion avec le lithium est le fer (numéro atomique 26).

Conclusion :  avec les trois nombres magiques nucléaires 50, 82 et 126, le schéma hermétique nous donne les numéros atomiques de tous les métaux alchimiques.

 

Métaux et carrés magiques

La langue des alchimistes est occulte.

La tradition ésotérique associe Métaux, Planètes, cartes de Tarots et carrés magiques, au moins à partir de 1531 lorsque parait «De Occulta Philosophia» du mage Cornelius Agrippa (3). Les carrés d'ordre impair reposent sur le même principe de construction, dont la conséquence est, pour l'ordre n, d'avoir la case centrale occupée par (n²+1)/2, et la case immédiatement au-dessous par le nombre 1. Voici les carrés d'ordre 5, 7 et 9 :


La tradition occultiste associe le carré d'ordre 5 à l'ange Samael, au mardi, jour de Mars, et au fer (métaux). Les 25 cases du carré se réduisent numériquement à 7 (2+5), nombre du Chariot dans les Tarots... Une carte associée à Mars, donc au fer.


Le Tarot ésotérique associe les 49 cases de ce carré au chiffre 4 (4+9=13 se réduit à 4), marque de l'Empereur, de Jupiter et donc de l'étain.


Dans les Tarots, le nombre 9 (9x9=81 se réduit à 9) est associé à l'Hermite, et conséquemment à Saturne et au Plomb.

Les nombres associés aux métaux les plus fréquents dans l'univers (chacun dans sa zone de poids atomique), à savoir le fer, l'étain et le plomb, correspondent aux trois planètes extérieures à l'orbite terrestre, respectivement Mars, Jupiter et Saturne. On a la surprise de lire leurs numéros atomiques :

  Ordre n=5 Ordre n=7 Ordre n=9
Nombre de cases n² 25 49 81
Tarots 25=7
Le Chariot
Mars - Fer
49=13=4
L'Empereur
Jupiter - Etain
81=9
L'Hermite
Saturne - Plomb
Case centrale (n²+1)/2 26 / 2 = 13 50 / 2 = 25 82 / 2 = 41
Numéros atomiques 26 Le Fer (Mars) 50 L'étain (Jupiter) 82 Le Plomb (Saturne)

Note : Tarots et métaux alchimiques selon la tradition iconographique renaissance des dieux planétaires (ici, Nicolas Conver 1760, tarot de Marseille, BNF Paris, copie de nombreux tarots antérieurs - costumes fin XVe début XVIe).

D'une magie à l'autre : la formule de Omar E. Pol

La vision magique du monde que sous-tendent les lignes précédentes rappelle certains éléments plus académiques. Ainsi, on sait aujourd'hui que si l'étain et le plomb sont plus fréquents dans l'univers que les métaux d'un poids atomique voisin, c'est parce qu'ils sont plus stables : 50 et 82 sont des nombres magiques nucléaires, lesquels portent bien leur nom !

L'étain a pour numéro atomique 50. Le plomb 208, dernier élément stable, a 82 proton et 126 neutrons, deux nombres magiques. Le mathématicien Omar E. Pol a donné une formule générale de la suite :

Au rang n, le nombre n.(n²+5)/3 est magique.

La suite génère (les nombres magiques sont en gras) :

2 - 6 - 14 - 28 - 50 - 82 - 126 - 184 ... 462

6 et 14 sont semi-magiques (sous-couches), et génèrent 2+6=8, 6+14=20.

184 serait magique pour les neutrons (étude théorique de deux prix Nobel, voir lien ci-dessus).

Le Tarot, encore lui, se glisse dans le jeu numérique : composé de 1 carte sans numéro, le fou ou Mat, de 21 arcanes numérotés (dits majeurs) et de 56 cartes de quatre couleurs (dits arcanes  mineurs), il est historiquement et symboliquement lié aux combinaisons de dés (non ordonnées) :

1 (zéro dé)
6 combinaisons avec 1 dé
21 combinaisons avec 2 dés
56 combinaisons avec 3 dés
126 combinaisons avec 4 dés, dont la somme deux à deux vaut 28.
252 (2x126) combinaisons avec 5 dés
462 combinaisons avec 6 dés.

Le célèbre triangle de Pascal nous donne cette série en diagonale.

Voir plus bas,  à titre indicatif, les 126 combinaisons de 4 dés.

Là encore, magies ancienne et moderne se croisent de manière surprenante, comme deux visions du monde, deux approches radicalement différentes dont la convergence est cependant troublante. 

Christophe de Cène.

(1) Il a été montré (Institut d'astrophysique spatiale d'Orsay, 2003) que le Bismuth 209 est radioactif. Le Plomb reste donc le plus lourd élément stable de la classification.
(2) in "Les Nombres Magiques Nucléaires, clé de la Kabbale", Dervy, 1975, préface de Raymond Abellio.
(3) Agrippa ne publie ses carrés magiques qu'en 1531 (la première version du manuscrit, en 1510, ne comporte pas les carrés). Toutefois, en 1514, Dürer grave la célèbre Melencolia I, oeuvre majeure où figure le carré magique de 4x4 reproduit (à une symétrie près) par Agrippa.

 

 


Les 126 combinaisons de 4 dés.
Somme de 28 en symétrie droite-gauche.
Les 5 premières colonnes totalisent 82 points de dés.

 

En guise de conclusion