Alchimie et Fusion Froide


 

Première partie : rencontre avec un alchimiste

Alejandro Cabalo est son pseudonyme. Cet homme vit en Espagne, à Barcelone, et pratique l’alchimie opérative depuis des dizaines d’années. Il passe le plus souvent l’été à Paris, et c’est là, dans une merveilleuse bibliothèque hermétique, que je l’ai rencontré. Des centaines d’ouvrages reliés, parmi les plus rares éditions des XVII et XVIIIème siècles, des manuscrits sans doute antérieurs, quelques compléments du XXe, Fulcanelli et autres… Cette pièce fait rêver l’amateur du genre.

Alejandro est ce qu’il est convenu de nommer un beau vieillard : posture droite, le teint mat, des yeux pétillants et le sourire énigmatique,  l’homme a quelque chose d’impressionnant.  Je lui donne 70 ans, peut-être 80. D’une voix précise, un peu métallique, il prend le temps de m’expliquer ce qu’est l’alchimie :

Alejandro Cabalo - Pour nous, la transmutation des métaux est tout à fait secondaire. Seule compte vraiment celle de l’alchimiste lui-même, la transformation de son état de conscience.

C.d.C. - Je vous crois volontiers. D’autant que la transmutation du plomb en or semble bel et bien une impossibilité théorique ; les énergies requises pour transformer un noyau atomique sont sans commune mesure avec celles dont dispose l’alchimiste traditionnel…

- Je vous arrête tout de suite. Ne croyez pas cela. J’ai vu, à Barcelone, s’opérer des transmutations du Mercure en Or.

- Vraiment ? Ces deux éléments ont, c’est vrai, une structure atomique voisine, mais comment procéder sans avoir recours à des énergies considérables ?

- Je vais vous expliquer ce secret que de très rares traités évoquent, et encore à mots couverts. Jupiter est présent quand Mercure devient Soleil, autrement dit lorsque le Mercure se transforme en or, c’est toujours dans un pot d’étain. Faute de quoi la transmutation ne peut avoir lieu. Les alchimistes le savent bien, qui observent aussi la transmutation de l’étain.

- Vous voulez dire que le processus est plus complexe qu’un passage du Mercure à l’Or ?

- Oui. Il faut bien comprendre que la Pierre transmutatoire agit comme un catalyseur, accélère une réaction naturelle...

- Naturelle la transmutation du mercure en or ?

- Savez-vous que l’antimoine n’est pas étranger à la fabrication de la pierre philosophale ? Comme le fer, ce métal intervient dans l’œuvre.

- J’ai lu cela, en effet.

- Le Mercure devient Or, bien sûr. Mais la pierre va transformer aussi le métal du creuset. L’étain devient antimoine, un élément proche sur le plan atomique. C’est cela le secret de la transmutation des métaux : à base d’antimoine, la pierre appelle à elle l’étain.

- Un processus similaire se produit avec le plomb ?

- Un processus analogue, oui : le mercure est liquide à l’état normal, mais le plomb ne peut être fondu dans un pot d’étain, pour la bonne raison que ce denier fond à 230 degrés, tandis que le plomb reste solide jusqu’à plus de 330°, sauf à utiliser un procédé particulier. L’alchimiste utilise alors le fer : dans un creuset en fer, dont la fusion s’opère à 1500°, ou riche en oxyde de fer, comme ceux de Hesse en Allemagne ou de Savignies en France, le plomb fondu se transforme en or. Le fer de la pierre inverse sa polarité, Mars devient Vénus, c'est-à-dire qu’il y a transmutation du fer en cuivre. Les anciens savaient cela, et l’œuvre de Basile Valentin est particulièrement explicite à ce niveau.

- Savignies, où résida l’alchimiste Eugène Canseliet ?

- Oui. Le disciple de Fulcanelli savait parfaitement la valeur de ces grès. On peut aussi fabriquer la pierre au blanc, qui transforme l’étain en argent. Là encore, l’opérateur utilise un creuset contenant du fer, lequel se transforme en cuivre. La pierre contient du fer, catalyseur de la réaction. Ces procédés sont classiques : de manière générale, la transmutation en or ou en argent s’accompagne toujours d’une autre, parfaitement symétrique en ce qui concerne les noyaux atomiques, leur nombre de nucléons. C’est pour cette raison que le phénomène reste naturel, ne nécessite aucune sorte de monstrueuse énergie, telle que celle dont nos centrales nucléaires ont besoin. Relisez Basile Valentin, voyez les illustrations de son traité « L’Azoth », comparez avec la liste des isotopes stables mis en œuvre : vous serez surpris. Vous trouverez dans la littérature alchimique de nombreux exemples de transmutations relatées avec intervention de métaux divers. Les seules qui méritent qu’on leur accorde une certaine foi sont celles faisant intervenir le fer ou l’étain, en plus des métaux transmutés, ceci étant lié à la nature-même de la pierre. On découvre aujourd’hui, avec les différentes formes de fusion froide, des processus qui ne sont pas si éloignés de l’antique alchimie.

- La fusion froide, pan moderne de la physique nucléaire et domaine controversé, s’apparente à l’antique science d’Hermès ?

- La physique redécouvre ces secrets anciens, même si pour autant, ces disciplines sont encore bien éloignées. Les alchimistes savent depuis toujours, via certains procédés particuliers comme la surfusion, transmuter le plomb en mercure, le fer ou le nickel en cuivre, et cela sans recours à la pierre philosophale. Je pense qu’il est possible de produire de l’énergie en transmutant le nickel en cuivre. Ce savoir n’est pas sans danger…

- Vous voulez parler d’arme ?

- Eugène Canseliet se plaisait à dire qu’on peut fabriquer une bombe atomique dans un four de cuisine.

Transmutations selon Alejandro Cabalo
voir note sur le Lithium

Sn
50+Hg80 à Au79+Sb51

Pb82 +Fe26 à Au79+Cu29

Sn50 +Fe26 à Ag47+Cu29

Le Lithium : une clé pour comprendre ?
Dans les transmutations du Plomb en Or et du Fer en Cuivre, une clé semble être le Lithium, dont l'isotope principal est le Li 7 (3 protons, 4 neutrons). Le Li 6 est stable. Les Li 4,5,8,9 et 11 sont instables mais peuvent intervenir le temps d'une réaction. Le Plomb 207 (22,6 % du plomb) ne se transforme pas en or. De même, 19% de l'étain Sn (119, 122 et 124) ne peut se transformer en argent Ag (107 ou 109). Le Fe <-> Cu est couvert à 100%.

Liste des isotopes : les sept isotopes du Mercure (100%) peuvent être transmutés en or, avec transfert de l’étain vers l’antimoine 121 ou 123.
Tous les éléments sont stables.

Mercure Hg

Etain Sn qui, combiné avec Hg, donnera Or Au 197 + Antimoine Sb 121

Etain Sn qui, combiné avec Hg, donnera Or Au 197 + Antimoine Sb 123

196

122

124

198

120

122

199

119

-

200

118

120

201

117

119

202

116

118

204

114

116

Alejandro fit alors quelques pas vers sa bibliothèque, choisit une édition ancienne de L’Azoth, datant du XVIIème siècle je crois, et commenta les planches de ce classique de l’alchimie attribué  à Basile Valentin. Il me révéla la ronde des planètes associées aux métaux, aux jours de la semaine ainsi qu’aux éléments dans l’ordre, moderne, de leur numéro atomique. Une autre planche fut prétexte aux transmutations, du plomb en or, de l’étain en argent, du fer en cuivre.  Nous retrouvions les éléments évoqués par mon interlocuteur : restait à vérifier la conformité de ces opérations avec le physique moderne, ce que je me promis de faire à mon retour. A suivre.

Note : l'Azoth de Basile Valentin



Christophe de Cène

Suite :

Alchimie et Fusion Froide
Deuxième partie : rencontre avec un scientifique