Agrippa : le carré de Mercure

8 58 59 5 4 62 63 1
49 15 14 52 53 11 10 56
41 23 22 44 45 19 18 48
32 34 35 29 28 38 39 25
40 26 27 37 36 30 31 33
17 47 46 20 21 43 42 24
9 55 54 12 13 51 50 16
64 2 3 61 60 6 7 57

Nous avons entre les mains une édition originale du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli (1926) annotée par un haut dignitaire rose+croix. Dans la marge des pages consacrées en fin d'ouvrage à l'énigme de la Crédence, nous avons relevé les mots : ERRE, ROY, OR et INRI. Ceci nous donne la clé de décryptage du carré d'ordre 8 d'Agrippa.

Première grille :

8     5 4     1
  15 14     11 10  
  23 22     19 18  
32     29 28     25
  26 27     30 31  
17     20 21     24
9     12 13     16
  2 3     6 7  

On se sert des nombres de 1 à 32 du carré magique pour décaler d'autant les lettres de l'alphabet imaginées en cercle.

Dans la moitié supérieure, de gauche à droite et de haut en bas.

Dans la moitié inférieure, symétriquement, de droite à gauche et de bas en haut.  

A B C D E F G H
I J K L M N O P
Q R S T U V W X
Y Z A B C D E F
F E D C B A Z Y
X W V U T S R Q
P O N M L K J I
H G F E D C B A

Résultat étonnant : 32 voyelles harmonieusement placées.

I     I I     I
  Y Y     Y Y  
  O O     O O  
E     E E     E
  E E     E E  
O     O O     O
Y     Y Y     Y
  I I     I I  

Seconde grille :

  58 59     62 63  
49     52 53     56
41     44 45     48
  34 35     38 39  
40     37 36     33
  47 46     43 42  
  55 54     51 50  
64     61 60     57

Même méthode avec les nombres de 33 à 64.

Dans la moitié supérieure, l'alphabet est disposé de droite à gauche et de haut en bas.

Dans la moitié inférieure, symétriquement, de gauche à droite et de bas en haut.

La clé est le chiffre 6, celui de la Toison d'or, du Soleil (carré d'ordre 6) et du sceau de Salomon (hexagramme symbole de la pierre philosophale). Celui aussi des 666 talents d'or du roi Salomon (son revenu annuel, référence biblique). L'alphabet est donc disposé en commençant par la sixième lettre, le F.

M L K J I H G F
U T S R Q P O N
C B A Z Y X W V
K J I H G F E D
D E F G H I J K
V W X Y Z A B C
N O P Q R S T U
F G H I J K L M

Résultat : 32 fois la lettre R, ce qui évidemment ne relève pas du hasard !

  R R     R R  
R     R R     R
R     R R     R
  R R     R R  
R     R R     R
  R R     R R  
  R R     R R  
R     R R     R

 

Assemblage :

L'assemblage des deux grilles nous donne un carré de lettres dont les mots font sens en ancien français (le choix de cette langue est légitime si l'on fait référence à la Crédence de Bourges, voir ci-dessous). Rappelons que Agrippa est, en 1510, l'un des premiers auteurs à préconiser l'usage d'un alphabet de 26 lettres, comportant le w et la distinction du u et du v, du i et du j (in La Philosophie Occulte).

I R R I I R R I
R Y Y R R Y Y R
R O O R R O O R
E R R E E R R E
R E E R R E E R
O R R O O R R O
Y R R Y Y R R Y
R I I R R I I R

Décryptage horizontalement :
Erre :
voyage, chemin (vieux français). 3 occurrences, le mot ERRE étant associé à RER (lire plus loin). ERRE est aussi un terme de navigation (la Toison d'or).
Or :
4 occurrences, plus 4 en miroir sur la même ligne.
IR :
par référence à INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum), Jésus Roi. 4 occurrences, plus 4 en miroir sur la même ligne.

I R R I I R R I
R Y Y R R Y Y R
R O O R R O O R
E R R E E R R E
R E E R R E E R
O R R O O R R O
Y R R Y Y R R Y
R I I R R I I R

Décryptage verticalement :
Roy : orthographe ancienne de Roi. "Du ciel viendra un grand Roy d'effrayeur" (Nostradamus)
Irre ou Ire : colère (du latin irritare,  irriter ; ira, colère). La colère du roi de Colchide est un élément capital dans le mythe de la Toison d'or.

Fulcanelli et l'énigme de la Crédence alchimique de Bourges

Le célèbre alchimiste Fulcanelli consacre les dernières pages de son célèbre Mystère des Cathédrales (ici, édition originale 1926, dernière planche de Julien Champagne) à l'énigme de la Crédence (Hôtel Lallemant à Bourges, début du XVIe siècle).  Ce qui frappe ici, c'est la triple répétition de RERE et RER, conforme au décryptage du carré d'Agrippa. C'est d'autant plus singulier que l'oeuvre est contemporaine du carré magique, et se trouve en France : or c'est le vieux français qui semble être la clé du système, même si l'alchimiste de Bourges est d'origine allemande, comme l'indique son nom.

Extrait du Mystère des cathédrales et dernière planche de l'ouvrage :

Creusée dans la muraille, auprès de la fenêtre, une petite crédence du XVIe siècle attire le regard autant par la joliesse de sa décoration que par le mystère d’une énigme considérée comme indéchiffrable. Le beau bas-relief de la Toison d’or, qui aurait pu servir de guide, n’a pas été considéré dans son véritable sens .../...

L’énigme par elle-même comporte deux termes : RERE, RER, qui semblent n’avoir aucun sens et sont, tous deux, répétés trois fois sur le fond concave de la niche.

Mais comment déchiffrer l’énigme des mots vides de sens ?

D’une manière très simple. RE, ablatif latin de res, signifie la chose, envisagée dans sa matière ; puisque le mot RERE est l’assemblage de RE, une chose, et RE, une autre chose, nous traduirons deux choses en une, ou bien une double chose, et RERE équivaudra ainsi à RE BIS. Ouvrez un dictionnaire hermétique, feuilletez n’importe quel ouvrage d’alchimie et vous trouverez que le mot REBIS, fréquemment employé par les Philosophes, caractérise leur compost, ou composé prêt à subir les métamorphoses successives sous l’influence du feu. Résumons. RE, une matière sèche, or philosophique ; RE, une matière humide, mercure philosophique ; RERE ou REBIS, une matière double, à la fois humide et sèche, amalgame d’or et de mercure philosophiques, combinaison qui a reçu de la nature et de l’art une double propriété occulte exactement équilibrée.

Fulcanelli, le Mystère des Cathédrales, 1926.

Fulcanelli et la cryptographie

Fulcanelli fait grand cas de quelques alchimistes versés dans l’art de la cryptographie. Citons l’abbé Trithème, ami proche de Cornelius Agrippa, lui aussi cryptographe.

« Le XVe siècle marque la période glorieuse de la science et surpasse encore les précédents, tant par la valeur que par le nombre des maîtres qui l’ont illustré. Parmi ceux-ci, il convient de citer au premier rang Basile Valentin, moine bénédictin de l’abbaye de Saint-Pierre, à Erfurt, électorat de Mayence (vers 1413), l’artiste le plus considérable peut-être que l’art hermétique ait jamais produit ; son compatriote, l’abbé Trithème… » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales, l’Alchimie Médiévale).

Eugène Canseliet, disciple de Fulcanelli, évoque en termes élogieux Agrippa (Deux Logis Alchimiques, La trinité minérale) et, dans le même chapitre, John Dee, cryptographe sur les pas de Trithème, continuateur talentueux de ce dernier.
 

Grille de décalage des lettres :

 

1

2

3

4

5

 6

7

8

9

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E

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R

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W

X

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Z

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R

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X

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Z

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X

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Z

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Z

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D

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R

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